
C'est le genre de comics auquel personne n'aurait porté attention si il n'y avait pas écrit Frank Miller sur la couv' et qu'un léger vent de controverse n'avait pas accompagnée sa sortie.
Reprenons la petite histoire depuis le début. Ce récit germe depuis 10 ans dans l'esprit de Frank Miller. Après le 11 septembre, l'auteur se met en tête de sortir un "Batman contre Ben Laden". Bien entendu, l'idée passe mal chez les responsables de DC, surtout que Miller est considéré comme un auteur assez réactionnaire. Enfin bref, on ne va pas refaire le débat (qui a eu lieu ici chez Neault, ici, ici et ici sur ce blog).
Du coup, suite au refus de DC, ce bon vieux Frank va quand même sortir son histoire en changeant les noms des personnages. Ainsi Batman devient "The Fixer", Catwoman devient "Cat Burglar" et le commissaire Gordon s'appelle Dan Donegal. D'ailleurs, pour ce dernier, il n'y a vraiment que le nom qui change ; les lunettes et la moustaches sont toujours là.

Une fois ces changements cosmétiques effectués, Milller peut vraiment faire l'histoire qu'il veut sans aucune contrainte. L'histoire est particulièrement simple. Après qu'une vague d'attentats particulièrement violent frappent Empire City, The Fixer décide de partir en guerre et de casser du terrorisme. Ce qu'il fera.
C'est le genre de comics que l'on ne sait pas trop comment aborder. Tout d'abord, c'est clairement un pur produit de Frank Milller. On reconnait sa patte tout de suite, presque trop. Les dessins sont à la Sin City, le format est à la 300 et l'univers est à la DK2. Bon, ensuite, quand on mélange tout ça ensemble, cela ne fait pas forcément un bon truc. Comme je l'ai dit plus haut, c'est le genre de chose que l'on achète pour son auteur. Une forme de curiosité (malsaine ?) de voir ce que devient ce bon vieux Frank. Car sur le plan narratif, l'histoire n'apporte pas grand chose. Ce qu'on lit quand on ouvre ce comics, c'est la rage de Frank Miller. C'est comme si il utilisait ses propres œuvres comme une psychothérapie. C'est un défouloir.
Les dessins sont très nerveux, on il y a clairement une impression de défouloir dans les scènes d'actions. Au final, je trouve qu'à ce niveau on s'éloigne pas mal de Sin City qui était beaucoup plus maitrisé. Ici, il y a un aspect très brouillon.
Concernant la polémique en elle-même. Oui c'est tendancieux. Mais j'ai presque envie de dire "et alors ?". Car soyons honnête, et je vous le répète pour la troisième fois, on a acheté cette BD pour lire du Frank Miller. Si on voulait une analyse subtile sur la problématique géopolitique du terrorisme dans le monde, il fallait vraiment lire autre chose. Sur un sujet comme celui-ci, avec un auteur comme celui-là, on s'attendait tous à une bonne dose de sulfureux. Et d'ailleurs, on aurait été déçu de lire un Milller consensuel. J'irais même encore plus loin : on peut se demander si Miller, qui a conscience de sa réputation, n'aurait pas grossi le trait, histoire de faire ce que l'on attend de lui. Peut être que la provoc faisait partie de son cahier des charges.
La vision que nous présente l'auteur est certes unilatérale et étriquée. Mais d'un autre côté on sent que le 11 septembre ne l'a pas laissé indifférent. Car au final, ce que l'on retiendra de ce Holy Terror, c'est un ressenti. Si certains sont passés à autre choses, d'autres ne le peuvent tout simplement pas. Comme il nous le montre bien à la dernière page, le but des attentats n'est pas le nombre de victimes, mais de laisser les populations dans un état de terreur permanent.
Au final, je ne recommande pas cette lecture. Les dessins sont inférieurs à ce à quoi l'auteur nous a habitué et l'histoire n'est pas terrible (si tenté que l'on puisse dire qu'il y en ait une). Mais on ne peut pas dire non plus que ce soit raté. Miller arrive à s'exprimer et à nous expliquer le point de vue qui est le sien. Et je préfère cent fois lire un auteur dont le message est désagréable mais qui a quelque chose à faire passer plutôt de lire un auteur qui n'a rien à dire.
A noisy, busy, cranky city turned all quiet and scary polite. [...] A bed gone lonely. Children's toys, turning up in strange places. And the same sounds, the same smells. Every damn night. No wonder we call it terror.


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