Quand on parle de Garth Ennis, chacun y voit quelque chose de différent. C'est à cela que l'on reconnait les grands auteurs. Ainsi, ceci n'est pas un article habituel. Vous êtes en train de lire un crossover inter-blogs proposé par les Illuminati. Ce qui suit n'est donc qu'un chapitre d'un tout que vous pourrez découvrir en suivant les liens spécifiés à la fin de ce texte. Chacun d'entre nous a eu pour consigne d'écrire ce qu'il appréciait (ou pas) chez l'auteur, en espérant que cet hommage vous permettra de découvrir plusieurs facettes d'un même sujet tout en vous confrontant à des sensibilités diverses mais complémentaires...Vance - Garth Ennis : une vallée de larmesWade - Garth Ennis : Sex Power !Matt - Garth Ennis : Irish Bastard (<-- C'est moi ça !)
Biaze - Garth Ennis : Fun et réflexionsA wee bit of Irish blood...Comment aborder
Garth Ennis ? Chacun peut entrevoir une facette différente pour ce grand auteur. Le
sexe, la
violence, le
gore, la
mélancolie. Ce qui pourtant ressortait le plus de mes lectures, c’était la
guerre et la
religion. Thèmes souvent séparés mais présent dans la plupart de ses œuvres.
Mais où
Ennis s’est-il forgé une telle identité ? J’ai pour ma part décidé de revenir aux sources de ce qui a fait d’
Ennis l’auteur qu’il est aujourd’hui, et cela vient pour beaucoup de ses
racines Irlandaises.
Cuisine IrlandaiseCar non,
Garth Ennis bien qu’il ait écrit des tonnes de comics
Marvel 
n’est pas
Américain (c’est d’ailleurs presque la condition exigée pour écrire un Hellblazer).
Garth est né en
Irlande du Nord en
1970. D’ailleurs, sa toute première série fut
Troubled Souls, une histoire racontant les déboires d’un Irlandais mêlé malgré lui au conflit opposant
nationalistes et
unionistes (catholiques/protestants).
Plus besoin de s’étonner de la teneur de ses histoires. Il a grandi dans une zone de conflit exacerbée par la religion.
Maintenant, quand on y repense, il est rare de ne pas trouver de référence à l’Irlande dans une histoire de
Garth Ennis. Dans
Hellblazer,
Kit Ryan, la copine de
John est Irlandaise.
Cassidy, le
vampire de
Preacher est Irlandais. Même le
Punisher Max, dans son deuxième arc intitulé
Kitchen Irish déplace le
conflit Irlandais à New-York lorsqu’une bombe est mise dans un pub
(Irlandais bien sûr).
Soldat Ennis s'en va-t-en guerre
Il est vrai que la guerre est un thème présent dans quasiment toutes ses œuvres. Les
War Stories d’
Ennis sont particulièrement nombreuses et on sent que l’auteur a fait des recherches très poussées et s’est servi de documentation à l’appui pour retranscrire des batailles, romancées, mais très fidèles à la réalité. Même
Preacher interrompt son aventure quelques instants pour raconter des histoires de soldats.
La guerre est donc omniprésente. Le
Punisher, est dépeint par
Ennis comme un soldat. Il faut

lire
Born pour comprendre que
Frank Castle s’est forgé au
Vietnam. Mais
Ennis est quelqu’un de très méticuleux lorsqu’il s’agit de raconter des histoires de guerre. Dans
Troubled Souls, que l’on peut croire en grande partie autobiographique, la première chose que va faire son héros est se rendre dans une
bibliothèque pour y
consulter les livres d’Histoire. C'est assez révélateur du comp

ortement de l'auteur.
Ennis est un mordu d'Histoire. Et d'après les interview que j'ai lu de lui, le monsieur a absorbé un impressionnant nombre de livres sur les grandes batailles de ce monde. Démarche plutôt saine donc, puisque l’on ne peut pas se prétendre d’aborder des sujets graves quand on n’a pas fait les recherches sérieuses qui s’imposent.
Ainsi,
Garth Ennis sait se positionner contre la guerre tout en sachant de quoi il parle. Il se montre ainsi très critique sur certains conflits
(Dans son dernier arc du Punisher par exemple) sans renier non plus que d'autres sont légitimes. Dan

s
Preacher, l’auteur revient sur les origines de
Cassidy, le vampire, ce dernier déserte le champs de bataille Irlandais après avoir surpris une conversation entre ses supérieurs qui décident d’envoyer leurs soldats au carnage, non pas pour des raisons stratégiques, mais pour les faire mourir pour leur cause afin d’en faire des
symboles.
Pour
Frank Castle, les généraux, à l’origine du dernier arc, ne sont pas des soldats ce sont des
« executives in corporation », des patrons de multinationales défendant leurs intérêts personnels.
Mais si
Ennis est fort critique envers ceux qui sont à l’origine des conflits, il y a quelque chose qu’il n’a jamais fais et qu’il ne fera probablement jamais : c’est dire du mal des soldats. L’auteur sait mettre en scène des braves types pris dans un conflit qui les dépasse et arrive à les dépeindre comme de véritables héros.

Dans
Preacher,
Jesse retrouve un homme s’étant battu aux côtés de son père et découvre quel genre de héros son papa était vraiment. Dans
Hellblazer, John est devenu un clodo alcoolique, mais il va sortir de sa torpeur en partageant les rêves avec le fantôme d’un pilote d’avion de chasse décédé en plein combat et s'inspirer de son courage à affronter la vie. Les ennemis de
Frank Castle ont bien compris que sa plus grande faiblesse, est qu’il ne tirera jamais sur un soldat. Les exemples là aussi ne manquent pas.
Sans foi ni lois
D’ailleurs, quand
Ennis ne s’en prend pas aux rouages de la guerre, il s’en prend aux extrémistes religieux qui ne sont pas si différents que ça. Dans
Troubles Souls, l’auteur montre bien que les enjeux sont politiques avant tout et que la religion n’est juste qu’une couverture sur un échiquier de jeux de pouvoirs.
De même,
Ennis a toujours montré une certaine irrévérence face aux sujets religieux.
Preacher n’est pas vraiment tendre avec la religion.
Dieu est « le méchant » de cette grande série. C’est même un manipulateur égocentrique. Sa série
True Faith, satire religieuse, a par excellence a même été retirée des ventes
. Contrairement à Troubled Souls, je n'ai pas lu celui là, mais pour que Vertigo se sente obligé de le retirer des ventes, cela devait être bien gratiné. C'était il y a 20 ans, mais quand même...


N'oublions pas
Chronicle of Wormwood (pas lu non plus) qui met en scène l'antéchrist lui même. Le monsieur a des comptes à rendre, et ça se sent.
Je suis en train de dresser un portrait bien belliqueux de ce personnage. Or, c'est tout le contraire. Pour pallier les différences culturelles qui nous séparent et qui finissent par se traduire en conflit,
Garth à trouvé la solution.
La réponse se trouve dans la bièreCertes il y a la guerre, la violence, la religion, mais ce n’est pas ça qui définit
Garth Ennis.

Dans
Preacher,
Ennis a mis tout ce qui le définissait : de la violence, du
gore, du
sexe, des
cowboys, un peu de
guerre, de la
religion. Mais de quoi ça parle
Preacher ? Ce n’est pas un brûlot anti-guerre et anti-religieux. Pas du tout, ce n’est que le décor. Non,
Preacher est un
western qui parle d’amitié. Très vite, l’intrigue ne tournera plus autour de la recherche de
Dieu, mais de la relation très étrange qui va s’établir entre
Jesse,
Tulipe et surtout
Cassidy. L'histoire glisse progressivement de la quête mystique vers le voyage initiatique entre trois amis
Pour en revenir à
Troubled Souls, le héros finira par échanger une bière avec son ravisseur, pourtant de l’autre côté de la barrière du conflit. Avec pour morale, presque trop simpliste, certes, que si l’on peut échanger une bière avec son ennemi, alors tout est possible.

Là où
Ennis était très fort dans
Hellblazer c’est quand il faisait sortir
John pour une beuverie avec ses potes, lorsque l’anniversaire de Constantine devient un gigantesque foutoir ou tout le monde boit et se fend la gueule. Cela fait partie des passages les plus réussi de la série
(ce qui rend plus dramatique encore le passage où ses amis mourront les uns après les autres). Mais malgré toutes les positions sérieuses de
Garth Ennis, l'auteur n'a jamais perdu de vue ce qui est vraiment important.

Oui, il y a de la religion et de la guerre dans chacune des œuvres d’
Ennis, mais regardez d’un peu plus près, vous y trouverez encore plus de
bars (toujours Irlandais). Non pas parce qu’
Ennis est un
pochtron, mais parce que c’est là que ses personnages y font le plus de rencontres, se retrouvent autour d’un verre et y vivent leur amitié.