La question semble mise sur le tapis. Autant éclaircir mon point de vue puisque le sujet est abordé.Pourquoi je ne parle que des auteurs ?
Quand on regarde la rubrique dossier de mon blog, on peut voir Bendis, Brubaker, Rucka, Azzarello, etc...J'ai commencé à faire une rétrospective sur Bendis car je me suis rendu compte que si beaucoup de gens se disent "fan" de Bendis, peu d'entre eux connaissent son travail "hors marvel". C'est un peu dommage de prétendre aimer un auteur lorsque l'on n'a lu qu'un tiers seulement de son travail.
Il m'arrive d'en faire trop. Par exemple, j'ai dis beaucoup de bien de Rucka qui est un très bon auteur, mais j'ai pas mal occulté ses défauts. Mais il est vrai que quand j'examine un comics, je le fait souvent à travers l'optique de leurs auteurs. C'est pour moi le meilleur moyen d'en parler. Je laisse souvent (à tort) de côté le travail des dessinateurs. Certains pourtant mériteraient d'être soulignés, mais je ne le fais pas, je ne me place que dans l'optique de l'écriture. C'est mal, je sais.

Mais ais-je complètement tort ?
Oui et non. D'un côté, un comics c'est un tout. Il y a du texte et des images. Et les deux vont nécessairement ensemble sinon on y comprend plus rien. Ou alors si on comprend, on peut difficilement appeler ça une BD. Mais quand je parle de l'écriture d'une série, j'inclus aussi bien le texte que les images.
Alors pourquoi je ne parle quasiment jamais des dessins ?
Ce n'est pas tout à fait exact. Pour faire un comics, l'ordre c'est : l'auteur écrit un script et le dessinateur met le script en image. On a jamais vu un type faire ses planches et le scénariste qui y colle du texte après coup. Ce pourrait être un jeu amusant remarque...
Quand on voit un dessin, une image, cela est censé évoquer une idée ou une sensation. Mais cette idée a toujours été voulue par le scénariste qui avait besoin à ce moment précis de faire passer un message à travers le mode d'expression de l'artiste.

Et c'est là que mon point de vue diverge avec d'autres amateurs de comics. Je n'accorde que peu d'attention à la beauté esthétique des dessins, mais plus au message qu'ils essaient de faire passer.
Pas besoin que les dessins soient beaux, il suffit qu'ils aient du sens.
Je peux ouvrir un comics, y trouver les dessins magnifiques mais l'histoire chiante à mort. Il est possible que je ne le finisse pas (enfin, si , je le finirais, mais plus pour le principe parce que j'aurais dépensé des sous dedans).
A partir de là, c'est vrai que j'y accorde moins d'importance quand c'est bien raconté. Mais à partir du moment où l'histoire est bien, les dessins sont forcément bien puisque ce sont d'eux que découle cette histoire. J'adore Fortune & Glory ou les polars en noir et blancs de Bendis. C'est pas forcément beau, mais c'est expressif, et cela arrive à nous faire rire ou réfléchir.
C'est vrai que certains Queen & Country de Rucka sont assez limites niveau dessins, mais quand l'histoire est bonne, quand un effort de mise en scène comble ce vide, et que chaque case à pour but de traduire un sentiment du personnage, j'en oublie les défauts.

C'est pour cela que je préfère Wake Up à Echo, tous deux de David Mack, tous deux forts bien dessinés. Je trouve que les dessins de Mack ont bien plus d'impact lorsqu'ils sont portés par la plume de Bendis qui me parle beaucoup plus.
"Mieux vaut avoir des beaux dessins plutôt que des dessins moches".
Je caricature un peu. En noir et blanc c'est triste mais en couleur c'est rigolo. D'ailleurs quand il n'y a pas d'explosions dans un film qu'on va voir au cinéma ça fait chier. Donc en gros No Country for Old Men c'est chiant et Terminator Salvation est un chef d'œuvre.
Bon, ok, j'exagère. Mais quand j'ouvre un comics ou une BD, que je regarde les dessins, je ne me dis pas "wahou, c'est beau" ou "beurk, c'est moche". Mais je regarde si les types de dessins collent avec le type d'histoire.
L'exemple de Maus me rappelle une vieille polémique cinématographique.Le film Kapo de Gillo Pontecorvo avait fait scandale à sa sortie. Le camp de concentration y était filmé de manières esthétique. On parlait notamment de ce grand travelling avant sur une femme mourant sur des barbelés. Beaucoup étaient choqués par un traitement esthétique sur un sujet qui aurait demandé plus de retenue ou d'humilité. Je ne dis pas que c'est bien où mal de faire telle ou telle histoire comme cela, mais je tiens à préciser que souvent, le minimalisme est un choix. Et ce choix est réfléchi. Un auteur s'est posé la question en se demandant quelle était la formule la mieux adaptée pour traiter son œuvre. N'allez pas croire que les gens font des polars en noirs et blancs car ils ont la flemme de se payer un coloriste ou d'imprimer en couleurs.
On ne va pas demander à Romita Jr , Steve Dillon ou à Bagley de redessiner Maus. Je ne pense pas que Spiegelman apprécierait d'une part, et de plus, il en perdrait tout son impact émotionnel.
Comme tout le monde, j'aime bien avoir des beaux dessins. Mais ce n'est pas le critère déterminant pour moi. Ce que je veux, ce sont des dessins qui retranscrivent de l'émotion, des dessins qui me parlent. Et j'écoute toujours de la même manière que ce soit joli ou minimaliste.
Là où je me trompe.Il y a quelque chose dont je ne tiens pas compte dans mon raisonnement. C'est qu'un dessinateur peut, s'il a du talent, ajouter une réelle valeur ajoutée à l'œuvre originale. Je pense à des gens comme Eduardo Risso, Giraud, Colan par exemple. Dont la beauté ne saute pas forcément aux yeux, mais qui dans l'expression, les visages, par plein d'éléments qui forment une alchimie complexe apportent beaucoup plus à l'œuvre originale. Évidemment qu'un dessinateur talentueux apportera toujours un plus à l'ensemble. Mais ce talent ne peut exister que lorsqu'il est brillamment porté par une histoire. Je n'ai jamais accroché à des dessins, aussi beaux soient-ils lorsque l'histoire est merdique et les personnages mal inspirés.
On peut faire une distinction entre comics "mainstream" ou "underground", mais quand je lis les deux, j'ai le même niveau d'exigence. Vous remarquerez d'ailleurs que l'on retrouve les mêmes têtes aux commandes des deux. C'est parce que Bendis a eu du talent dans Jinx, Torso ou Goldfish que Quesada a eu la bonne idée de le recruter.
Ce qui est beau, n'est pas forcément ce qui est joli ou esthétique. Ce qui est beau, c'est quand le scénario, l'ambiance, le découpage, la mise en scène et les dessins forment un tout indissociable. Quand le lecteur n'en est plus à évaluer les qualités ou défauts mais est directement aspiré dans un univers dont il, même durant un court instant, croira faire partie.
Pour moi, des dessins qui racontent une belle histoire sont forcément des beaux dessins.
Sources des dessins :
- Greg Horn pris sur Google image
- Fortune & Glory de Bendis
- Kapo de Pontecorvo prise sur DVDclassik
- L'art invisible pris chez Neault
- Echo de David Mack
- Johny Double, Risso
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