
Et voilà,
100 Bullets, c'est terminé.
Trouve t-on la réponse à toutes nos questions ?
La série se conclue t-elle dignement ?
Les
Minutemen échapperont-ils à leur extinction ?
OUI, c'est une très belle fin. Beaucoup de réponses seront données. pour d'autres questions, il faudra relire la série pour mieux combler les quelques trous par ci par là. Car en effet, maintenant que la fin est connue, relire les anciens numéros apporte une perspective différente sur la série. On peut mieux comprendre certains passages à la lumière de nouveaux évènements. On se rend compte qu'
Azzarello a vraiment construit un récit très lié.

Les masques tombent enfin. On découvre qui manipulait les autres et surtout pourquoi. Il y a pas mal de retournements de situations. Les alliances se renversent et se reforment, on a d'ailleurs un peu de mal à garder le fil. Mais au final tout ce beau monde se rencontre et cela fait de sacrés étincelles...
Mais 100 Bullets, c'est une grande histoire, un gigantesque puzzle. Mais c'est avant tout un très bon concept.
Imaginez. Quelqu'un qui vous est cher disparait. Vous êtes profondément attristé mais vous poursuivez malgré tout votre vie qui ne sera plus jamais la même. Mais un beau jour, l'
agent Graves se pointe et vous donne son attaché-case avec dedans un flingue et une centaine de balles. Se trouve également des preuves irréfutables sur l'identité de celui qui a pourri votre vie. Si vous utilisez le flingue, vous ne serez jamais inquiété. Vous pourriez l'abattre en plein jour en

centre ville que la police ne pourrait pas vous arrêter. Si lors d'un enquête de police, ces balles sont retrouvés, l'enquête s'arrêtera net. Bref, vous ne craignez rien et vous pouvez agir en toute impunité. La question est :
le feriez-vous ?J'aime à penser que non. Mais l'intérêt de ce concept est que ces personnages sont mis dans une situation telle que l'on a du mal à se demander ce que l'on ferait si l'on était à leur place. Car
100 Bullets est une série qui s'amuse à questionner notre moralité.
Car au delà de la fin et d'un très bon concept, il y a toute une réflexion sur nos choix et nos responsabilités.
Nos actions ont des conséquences. Cette fameuse mallette permet de rétablir une injustice qui nous a été faite, de rétablir l'équilibre qui a été brisé dans notre univers.

Le choix d'agir ou non nous appartient.
Ce que fait
Graves est extrêmement vicieux, car il ne nous incite pas à utiliser le flingue. Il insiste sur le fait que le choix nous appartient.
Cet attaché-case a le pouvoir de mettre ceux qui la reçoive devant leurs responsabilité et leurs contradictions. Si tu l'utilises, tu as ta vengeance, ceux qui t'ont fait du tort sont punis. Mais si tu décides de ne pas t'en servir, cela veut dire que finalement tu est en paix avec toi même et que tu n'as pas vraiment besoin de faire couler plus de sang.
Mais le point important est : que l'on utilise le flingue ou non, cet équilibre est restauré.
Car dans cette série il s'agit d'être en phase avec ses principes, de ne pas renier ses choix ou ses responsabilités. Quel que soit la morale que l'on adopte, il faut savoir vivre avec et être en paix avec notre propre équilibre.
La toute dernière phrase de la série, prononcée par
Graves, résume bien d'ailleurs le propos de l'auteur sur le sujet.

Vous l'avez peut être déjà remarqué, mais un des plus grands talents d'
Azzarello est de savoir comment trouver les mots justes à ses dialogues. Il s'amuse avec l'anglais en formant de nombreux jeux de mots qui ont souvent un impact que l'on ne soupçonnait pas. Il choisit son vocabulaire avec justesse et sait frapper juste. C'est amusant de voir comment avec presque un seul mot, une très courte phrase, il arrive à toucher le concept même de sa série. Il a le dernier mot.

Et cette fin, Shakespearienne, peu paraitre un peu abrupte au premier abord, mais elle clos parfaitement la série. Une conclusion qui nous laisse un peu nous demander ce qui va se passer, mais qui au delà nous fait réfléchir. On reste contemplatif devant la dernière page, la dernière phrase, le dernier mot. On a l'impression d'avoir compris quelque chose sans être vraiment tout à fait sûr de quoi. Mais cela travaille le lecteur, on y pense, on y réfléchit.
C'est un peu à ce genre de choses que l'on reconnait les très bonnes histoires.
Please...
You of all people, Graves...
The choice is always there.
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