mercredi 16 septembre 2009

Trois ans de Daredevil par Brubaker...

On compte 38 épisodes. Si l'on compte les numéros anniversaires double cela fait 40 (On sera passé de l'épisode #100 à #500 après seulement un peu plus d'un an et demi). Il ne faut pas non plus oublier deux annuals (inédits en France). En tout Brubaker aura travaillé un peu plus de trois ans sur la série de l'homme sans peur. Cela donne en tout 7 TPB. C'est moins long que Bendis (59 épisodes) mais cela reste fort honorable tout de même. Il y aura eu des hauts et des bas. En tout cas Brubaker s'en va et l'heure est au bilan.

C'est un exercice difficile dont vous me pardonnerez les approximations et oublis.
Après plusieurs brouillons, j'ai choisi la facilité d'un plan chronologique.

Le run de Brubaker se découpe en trois grands cycles avec un petit interlude :

Arc 1 : The Devil Inside and Out

The Devil in Cell-Block D
The Devil Takes a Ride

Arc 2 : Hell to Pay
To the Devil, His Due
Without Fear

Interlude : Cruel & Unusual (co-écrit par Greg Rucka)

Arc 3 :
Lady Bullseye
Return of the King

Pour ce qui est des spoilers, rassurez-vous, je ne dévoile pas la fin de Daredevil. Je suis vigilant pour ce qui concerne les tomes encore inédit en France. Par contre, la fin de l'arc "Sans Peur" (le dernier sorti chez Panini) est dévoilé.



The Devil Inside and Out

Il y a 3 ans, Bendis quittait la série sur un cliffhanger franchement osé. Matt Murdock était incarcéré dans la prison haute sécurité de Rykers dans l'attente de son procès pour être le justicier Daredevil. Face à un suspense de cette ampleur, Brubaker se devait de ne pas décevoir. L'auteur de Criminal commence donc son run en plein milieu carceral. Le résultat fut une claque en plein figure. Un héros sur les nerfs prêt à tout pour venger la mort de son meilleur ami. De plus, c'est une avalanche de personnages clés pour la série qui feront leur apparition. Le Caïd, Bullseye et même le Punisher. La relation entre ces ennemis va évoluer d'une manière assez intéressante. Les rapports entre Daredevil et le Kingpin ne seront plus les mêmes après cet arc.

On notera la réintroduction du personnage de Carlos LaMuerto aka Black Tarentula auquel il consacrera deux annuals de qualité moyenne.

Brubaker ne nous offre un scénario riche en rebondissement avec un suspense à couper le souffle. Malheureusement, il ne réussira pas à renouveler l'exploit. Son premier tome restera le meilleur moment de son passage sur la série.

Dans la deuxième partie, c'est à un Daredevil fugitif auquel nous avons affaire. Notre héros fera un petit voyage en Europe, dont Paris. Ici, le rythme sera beaucoup plus lent. Cette histoire souffre évidemment de la comparaison avec les épisodes précédents.
Néanmoins, l'intrigue n'est pas trop mauvaise et nous réserve une grosse surprise en nous révélant qui tirait les ficelles depuis le début. C'est une révélation plutôt bien amenée de la part de Brubaker. Ce dernier arrive même à conclure l'histoire du FBI et de la presse de manière crédible sans avoir recours à la méphistoïerie.
La fin de cet arc apporte d'ailleurs une conclusion fort convenable à ce qui s'est passé sur la série depuis le début du run de Bendis. Cela aurait pu être un bon endroit pour les lecteurs souhaitant s'arrêter. Maintenant que cela est réglé, Brubaker peut passer à ses propres histoires.


Hell to Pay

Notre héros retourne à Hell's Kitchen où il s'aperçoit que la criminalité est en plein ébullition. A côté de cela deux vieux méchant vont refaire leur apparition. Le premier est Melvin Potter, surnommé le Gladiateur. C'est autour de lui que va se centrer le premier tome. C'est un méchant assez peu charismatique, mais cette histoire est surtout là pour permettre à l'auteur d'exploiter les difficultés du couple Matt/Milla (tant qu'il le peut encore). De plus, l'on se rendra compte qu'une véritable machination s'était mise en place pour faire souffrir notre héros.

En effet, Mr Fear tirait les ficelles. On ne le découvrira qu'à la toute fin de la première partie. Encore heureux d'ailleurs car sinon le ce premier tome aurait été complètement dépourvu d'intérêt.
la deuxième partie est beaucoup plus dramatique. Et c'est d'ailleurs là que l'apport de Brubaker sur la série va montrer ses limites. Suite à l'accident de Milla, nous allons retrouver un Matt Murdock au bord de la crise de nerf. Le même Matt Murdock qui semblait perdre la raison entre les mûrs de Rykers. Là où un héros est censé faire preuve de sang froid, Daredevil perdra toutes c
es facultés pour devenir le diable rouge colérique complètement dépourvu de ses moyens.
C'est en effet, le plus gros défaut du parcours de Brubaker sur cette série. Quasiment à chaque fois que Daredevil se trouve fasse à une difficulté, il adoptera cette attitude de passif/agressif névrosé qui ne pense plus que par ses poings. Et cela ne s'arrangera malheureusement pas durant les arcs suivants.

Malgré ce gros point noir, le tome Without Fear reste tout de même franchement bon. Brubaker a le mérite de faire ressortir un vieux méchant du placard pour le ranger immédiatement dans le top 3 des supers-villains de la série. De plus, cette aventure n'est pas dénuée d'émotion. Mr Fear (clone de Liev Shreiber sous les traits de Lark) a instauré la crainte chez l'Homme Sans Peur ce qui montre le talent scénaristique indéniable de Brubaker. Il nous rappelle également qu'un héros ne peux pas gagner à tous les coups, et que si les victoires sont savoureuses, les échecs eux, peuvent être catastrophiques.


Interlude : Cruel & Unusual

Après toute cette tension dramatique, notre héros avait besoin d'une petite pause. Cet Arc bien qu'il s'inscrive dans la continuité peut se lire de manière indépendante.
Big ben Donovan est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Pourtant ce dernier avoue être l'auteur de ces actes horribles et refuse l'assistance de tout avocat. Il est effrayé par quelque chose, c'est évident. Le rôle du gouvernement dans cet affaire est d'ailleurs on ne peut plus louche.
Avec Greg Rucka au scénario (Queen & Country) nous plongeons en plein milieu d'une affaire d'espionnage à la sauce super-héroïque. Mais le talent de Rucka ne réside pas dans la construction de cette conspiration mais dans l'attitude que son personnage principal, Matt Murdock va avoir face à celle-ci.

Celui-ci toujours traumatisé par les évènements de l'arc précédent va réapprendr
e pourquoi il enfile un costume. Il va un peu sortir de sa torpeur et se battre pour un idéal de justice. C'est cette évolution du personnage tout au cours de cette aventure qui fera la richesse de cette histoire.

Lady Bullseye/Return of The king

C'est avec Lady Bullseye que malheureusement Brubaker va se planter assez lourdement. Tout d'abord la version féminisée d'un des pires ennemis de Daredevil n'apporte pas grand chose. Cela aurait pu être n'importe quel autre bad guys, on aurait pas vu la différence. Ensuite, alors que Greg Rucka nous avait sorti un très beau scénario pour remettre le train Murdock sur les rails, Brubaker va le refaire dérailler aussitôt.
On va retrouver cette attitude du énervante de l'égoïste qui se met à penser que la terre entière lui en veut. Daredevil va encore une fois croire que tout tourne autour de lui et n'accordera pas d'importance à qui il blesse. A croire presque que Brubaker n'aime pas son héros.

Néanmoins, si la première partie est désastreuse, elle se rattrapera avec brio dans sur la fin. Brubaker ne rate pas tout. Loin de là. L'i
ntroduction du personnage de Master Izo, sensei-ninja-alcoolique, est par exemple fort réussie. De même, la réapparition de la Main et de ses remous après la skrullisation d'Elektra est fort bien développée. L'auteur orchestre également le retour du Caïd avec une assez grande habileté. Au final ce dernier arc ressemblera à un gigantesque échiquier dans lequel chaque clan poursuit un objectif distinct.

Mais il faut attendre l'épisode #500 pour que l'auteur rectifie le tir. L'attitude de notre héros prend plus de sens avec l'arrivée de cet ultime numéro.

Si chute de Daredevil a été si douloureuse
, ce n'était que pour mieux le faire se relever. Au dernier moment Matt se reprendra en charge pour faire ce qu'il faut. Et cela aura vraiment de très fortes conséquences sur la série et sur le long terme (mais je ne vous dirais pas ce que c'est hé hé hé).

Au final, Brubaker aura utilisé son plus gros défaut pour le retourner en avantage. La fin qui pourrait sembler tragique chez n'importe quel autre auteur est tournée en acte de rédemption. Notre héros est conscient de son comportement et du tort qu'il a causé à ces proches. Et il est prêt à prendre des mesures drastiques pour se faire pardonner auprès de ses amis et surtout de se pardonner à lui même.

Brubaker quitte donc cette série sur une note qui sonne parfaitement juste et donne furieusement envie de lire la suite, comme Bendis l'avait fait avant lui. On en viendrait presque à pardonner les quelques errements de l'auteur pour réaliser qu'au final il a accomplit un assez bon parcours.


Cher Andy Diggle, tu as du pain sur la planche...

2 commentaires:

DDaDDy DDoDDu a dit…

Je suis également satisfait pour le moment du run de Brubaker sur DD même si je le trouve meilleur sur Captain America. Sur DD, il a su conserver cette ambiance sombre spécifique à la série qu'on aime tant tout en apportant sa pierre à l'édifice (personnages et chamboulements). Et tout ça en débarquant à un moment pe u évident ne l'oublions pas, après le passage d'un extraordinaire Bendis de un et de deux avec Matt dans une situation des plus délicates, engendrant à travers cette double difficulté le meilleur arc de son run. C'est pourquoi je pense qu'on ne peut être que fier de compter un scénariste tel que Bru parmi les auteurs de notre tête à cornes. Pour la suite, j'avoue avoir beaucoup d'appréhension pour moi Andy Diggle est un étranger et j'espère que tu nous parlera prochainement sur ton blog de son premier travail sur la série pour nous rassurer ^^'

Youtokine Toumi a dit…

On dirait que ça va devenir une tradition de lacher un run de Daredevil avec une transition impossible pour le scénariste suivant! :D
Je m'étais dit la même chose à l'époque où Brubaker a succédé à Bendis. Un véritable cadeau empoisonné. Et Brubaker s'en est sorti magistralement. "Devil in Cell-Block D" est un putain de chef-d'oeuvre. A partir de là, il était presque inévitable que la suite ne soit pas à la hauteur. On pourrait dire que Brubaker n'a en fait pas réussi à succéder à.. lui-même!
Andy Diggle s'est fait connaitre avec une BD chez Vertigo, "The Losers", qui va bientot être adaptée en film, mais qui ne m'avait pas marquée tant que ça. Par contre, il a signé un "Dark Reign: Hawkeye" récemment que j'ai trouvé phénoménal.