J'en ai un peu mare de revenir sur des sujets comme ça. Je viens de finir le run de Millar sur les Quatre Fantastiques dont j'aimerais parler. Je suis en train d'écrire toutes une série d'articles pour les semaines à venir. J'ai mieux à faire que de revenir sur de vieilles polémiques complètement stériles. Mais j'ai l'impression d'y être un peu obligé. Fasse à la crétinerie ambiante dans laquelle on semble vivre, un bon coup de gueule pour remettre les pendules à l'heure semble être salutaire.Ils sont revenus à la charge il y a une semaine. Ils avaient déjà essayés il y a deux ans. Mais ils reviennent, cette fois, avec Maître Collard à leur tête. Leur objectif : faire interdire Tintin au Congo.
Alors, est ce que Tintin au Congo est raciste ?
On s'en fout.
Car la réponse est oui. Bien sûr que c'est raciste. C'est colonialiste et ça date d'une autre époque. Même Hergé l'a reconnu et la version que l'on trouve en librairie est déjà épurée.
Mais la question n'est pas là. Il se trouve que l'auteur de la plainte cherche à combattre une idéologie (dépassée) par de la censure.
Ces personnes font exactement la même chose que les députés qui voulaient imposer "les bienfaits de la colonisation" dans les salles de classes.
Le titre de ce blog laisse entendre que j'ai une culture juridique. Mais j'ai aussi une licence en Histoire. Ce que j'en ai retenu, au delà des dates et des évènements historiques, c'est de savoir prendre du recul par rapport aux sources que l'on étudie.
Quand on lit Tintin, on ne doit pas prendre au mot ce qui est dit. On doit y voir une aventure écrite en 1931 à une époque très différente de la notre. Amusez-vous à lire les vieux discours de Jules Ferry, le "héros" du système éducatif français, vous aurez des surprises. Et oui, Ferry était raciste. Va t-on pour autant renommer la moitié des collèges et lycées de France ? Non, car ce serait purement débile de reprocher à quelqu'un des idées que tout le monde avait à l'époque. De même que l'on ne va pas reprocher aux gens du moyen-age de croire que la Terre était plate.Maintenant, il faudrait savoir être un peu adulte. Quand vous lisez Tintin, vous savez dans quel contexte cela a été écrit. Si vous le faite lire à vos enfants, vous leur expliquez comment c'était à l'époque. C'est la démarche intelligente à faire. Comme ça, grâce à Tintin, votre gosse apprendra ce que c'est le racisme et il en sortira plus intelligent.
Par contre, en faisant interdire cet album de toutes les librairies, la future génération n'aura aucun moyen de savoir ce que c'était la colonisation et les idées reçues qui en découlent. Je ne crois pas que les personnes à l'origine de cette interdiction se rendent service.
N'allez pas croire que votre gamin va s'acheter Tintin dans votre dos et les planquer sous son matelat comme des revues pornos. C'est les parents qui les achètent à leurs enfants et s'ils le font, c'est à eux de faire le travail de pédagogie.

D'ailleurs, sans vouloir paraitre cruel envers notre blondinet, mais les gosses d'aujourd'hui ne lisent plus Tintin. Ils lisent Titeuf. Donc excusez-moi de ne pas être sensible à l'argument qu'une bd vieille de 80 ans va perturber nos gosses en les transformant en gros racistes.
A force de tout interdire pour ne choquer personne on devient une nation d'abrutis. Où est ce que cela s'arrêtte ?
Car ce phénomène ne se limite pas à Tintin. Ce sont les mêmes personnes qui veulent supprimer la cigarette au cinéma et qui remontent les films pour y supprimer les scènes de sexe. Certains vont même jusqu'à remplacer les flingues par des talkies-walkies !

Dans la compilation des dessins-animés de Tex Avery en DVD, il est impossible d'y retrouver "la cabane de l'oncle Tom". Je suppose qu'à cause du politiquement correct, il ne sera jamais réédite et condamné à être perdu, à jamais.Ils auraient pu mettre un mini documentaire ou un petit message explicatif expliquant pourquoi les noirs étaient représentés de tel manière. Mais non. On supprime, on oublie.
Les détracteurs de Tintin sont-ils vraiment choqués ? Je ne crois pas, ou alors ils sont choqués par tout ce qu'ils lisent qui a plus de 50 ans. Cela les dérange. Et quand quelque chose dérange, plutôt que de réfléchir,on essaye toujours de le censurer.
Mais c'est toujours au nom d'une cause "juste" que l'on fait passer les pires horreurs.

Car là ce n'est pas de racisme dont il est question, mais de politiquement correct.
Le fait que ce soit Maître Collard me laisse à penser que leur but est que l'on parle d'eux. Même si la personne à l'origine de la plainte s'en défend, le fait est que lors que l'on engage Maître Collard, c'est avant tout pour passer à la TV. Surtout quand le film de Spielberg et de Jackson approche, la démarche opportune est évidente. Il faut pas non plus nous prendre pour des idiots.
D'ailleurs, je viens passer une sérieuse partie de ma journée à écrire cet article pour une polémique déjà vieille de deux ans (voir 60). Je lui ais déjà consacré plus de temps qu'elle ne le mérite.
13 commentaires:
Ca sent bon l'opportunisme en effet! Et c'est vraiment ridicule aussi... Entièrement d'accord avec toi!
Oui pis même le terme "raciste" est beaucoup trop fort, il n'y a aucune thèse raciale dans "Tintin au Congo". A la limite, cette BD fait preuve d'ethnocentrisme, ce qui semble normal.
Même le fait d'avoir réécrit des passages de la BD me glace d'effroi. C'est 1984 d'Orwell !
Remarque, si l'on est obligé de réécrire tous les livres suivant l'idéologie dominante du moment, ça va créer des emplois...
Ceci dit, avant d'en arriver à Hergé, question racisme, y'a quelques textes de rap qui mériteraient qu'on les censure un peu, histoire de pas avoir l'impression que le fameux "racisme" ne fonctionne que dans un sens, un sens dépassé qui plus est.
Allez, prochaine étape, les Bibi Fricotin ! Ben oui, appeler un personnage noir "Razibus Zouzou", ça frise l'incorrection. ;o)
Je suis d’accord, une explication ou un bon débat est plus enrichissant qu’une censure. C’est comme ça que j’essaye d’éduquer mes 2 enfants.
Il y a quelques années à Londres, une association anti-racisme avait attaquée en justice un théatre jugeant que le titre de la pièce qui s'y jouait était raciste, c'était l'adaptation des Dix petits nègres d'Agatha Christie
Si on ne retrouve plus La cabane de l'oncle Tom dans les Tex Avery, on retrouve bien La case de l'oncle Tom, le livre, en librairie et dans une collection pour la jeunesse.
Trop classe ton nouveau logo!
(oui, je sais que ça n'a rien à voir avec l'article)
Mais ça fait toujours plaisir.^^
Neault, si tu regardes bien, il y a beaucoup de choses de 1984 qui se font déjà...
Il y a quelques temps, Arte a diffusé un reportage sur "l'Enfer" des bilbliothèques. Il s'agit d'une pièce où on entrepose toutes les oeuvres nécessitant une autorisation pour les lires (mais impossible de les emporter), soit pour les propos tenus dedans soit pour des dessins pornos qu'elles contiennent (parffois de grands auteurs, Rabelais et compères). En France, nous devons avoir donc cette fameuse autorisation pour lire Mein Kampf.
Cela suggère que nous sommes tous potentielement des nazis si nous lisons ce bouquin.
Il y a bien des avertissements sur les films: -12 -16 -18, même pour les bandes annonces un bandeau prévient des scènes violentes. Un encadrement similaire pourait exister dans les librairies (à la vente) ou au moins en 4° de ccouverture.
Pour finir, il y a un sel pays où Mein Kampf est en vente libre: Israël.
Hum, j'ai mis Mein Kampf et Israël dans un seul et même message... Je vais me sentir surveillé sur le net maintenant...
"Neault, si tu regardes bien, il y a beaucoup de choses de 1984 qui se font déjà..."
--> Houla oui, je sais bien, ne serait-ce que les réformes (absurdes) de l'orthographe imposées par l'académie des vieillards costumés.
"En France, nous devons avoir donc cette fameuse autorisation pour lire Mein Kampf."
--> Ah ben tiens, je l'ignorais. J'ai lu ça y'a des années, je crois que j'avais trouvé un exemplaire chez un bouquiniste. C'est d'ailleurs soporifique au possible.
C'est un peu comme La Dianétique, de Ron Hubbard. Sans être scientologue, j'étais curieux de lire ce truc parce que j'avais bien aimé les "Mission Terre" du même auteur. Eh bien impossible à commander dans une librairie. J'ai dû passer par un particulier (faisant partie de la secte) pour l'avoir.
Heureusement, contrairement à ce que je craignais, je n'ai pas été relancé ou abreuvé de mails m'incitant à les rejoindre.
Tain, je vais finir nazi-scientologue-tintinophile moi, ça va être chaud pour mon cul ! ;o)
Tout ça me fait penser à la polémique autour du film "La Chute". Certains vooulaient l'interdire parce qu'on y voyait Hitler gentil, dire bonjour à une secretaire, des trucs comme ça... Comme si Hitler était un émon à la queue fourchue ! Le truc, c'est que non, c'était un être humain comme les hommes... Et ça à cause de ça qu'il était dangereux et qu'un autre pourrait facilement revenir au pouvoir.
Le film La Vague (Die Well) qui existe aussi en BD et livre mais qui ont l'air beaucoup moins bien, parle d'une histoire vraie sur des lycéens qui deviennent néo-nazis en une semaine.
On est dans une logique à dichotomie manichéenne montrée dans 1984, on montre l'ennemi comme le mal absolu, et puisque c'est l'ennemi, ça fait de nous les gentils. Regardez n'importe quel film américain pour avoir un exemple.
Je trouve ta démarche littéraire sain Néault. Comment savoir si on fait parti des gentils si on ne sait pas ce que pensent les méchants ?
Par contre, avoir lu une BD de Tintin, ça j'peux pas le pardonner... C'est trop grâve.
"Certains vooulaient l'interdire parce qu'on y voyait Hitler gentil, dire bonjour à une secretaire, des trucs comme ça"
--> Oui, à l'époque, j'ai eu toute les peines du monde à soutenir sur certains fora que Hitler n'était pas un monstre. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas eu un comportement monstrueux (dans le genre enculé, c'est quand même un peu la Rolls), mais que en le déshumanisant, l'on s'affranchit de la réflexion nécessaire sur notre propre condition.
Que l'on ne soit pas coupables, certes, heureusement d'ailleurs, mais il ne faut pas pour autant nier aux pires salauds leur appartenance à la race humaine. L'humain est profondément décevant. Et les monstres n'y sont pas pour grand-chose.
"Le film La Vague (Die Well) qui existe aussi en BD et livre mais qui ont l'air beaucoup moins bien"
--> Très bon film, la BD (que j'ai chroniquée ici) est vraiment décevante par contre, effectivement.
"d'une histoire vraie sur des lycéens qui deviennent néo-nazis en une semaine"
--> C'est pas tout à fait ça quand même. Déjà il est plus question d'autocratie que de nazisme. Ensuite, l'adhésion au groupe est un phénomène sociologique relativement connu voire sain (c'est même génétique, les individus isolés, dans l'ancien temps, étant ceux qui avaient le moins de chance de survivre).
Ils ne deviennent pas "nazis", ils réagissent à des stimuli qui correspondent, inconsciemment, à ce qu'ils attendent.
Enfin, bon, c'est assez complexe en fait, mais j'aime assez ce genre d'applications de la sociologie comportementale.
L'un des exemples célèbres est la fameuse expérience de Milgram, popularisée par le très bon film "I comme Icare".
Plus récemment, un film allemand (dont je ne me rappelle plus le titre) avait traité d'une expérience où des sujets devaient respectivement endosser les rôles de gardiens de prison et prisonniers.
L'expérience réelle, qui devait durer deux semaines, a été arrêtée (avec des conséquences heureusement moins graves que dans le film) au bout de... six jours.
Tous les sujets y participant avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur apparente maturité. Ils ont tous été victimes de ce que l'on nomme, aujourd'hui, l'effet "Lucifer".
Un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, plusieurs prisonniers subirent des traumatismes psychologiques importantes.
Six jours...
Du coup, je me sens moins anormal quand je dis que je déteste les gens. ;o)
"importants" pas "importantes", désolé.
J'ai étudié cette année l'expérience dont s'inspire I comme Icare (je suis en Psycho). je n'ai jamais vu le film mais dans la réalité le protocole était un sujet qui se croit experimentateur (ce sont des étudiants en psycho) doit électrocuter un acteur (bien sûr, le sujet croit que tout est vrai)sous l'influence d'un complice qui le pousse à augmenter la dose malgré la "douleur" de l'acteur car les résultats sont de mieux en mieux.
Des exprériences similaires ont été ensuite faite dans des fausses prisons.
Certaines facs font encore l'experience sur les étudiants (avec des giffles), mais vu qu'elle connue, ça ne se fait plus...
De mon point de vue, il y a un petit biais dans l'expé à cause du syndrome Kitty Genoves (racontée dans Watchmen): quand on est seul face à un crime on agit mais plus on est nombreux face à un crime plus les chances que quelqu'un se bouge diminuent (tout le monde rejetant la responsabilité sur les autres)
Enfin,j'ai choisi le terme néo-nazi à cause de la radicalisation du mouvement et du rejet de l'autre dû à l'adhésion au groupe. Mais sinon, tu es dans le vrai.
Kitty Genovese.
Et non Genoves.
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