dimanche 1 mars 2009

Joker par Azzarello


Bon, il faut bien que j'en parle.

Le Joker est libéré d'Arkham. Ne me demandez pas comment il a fait pour convaincre ses docteurs de le laisser sortir, on ne le saura pas. Et ça n'a pas d'importance d'ailleurs. Une fois dehors, qu'est ce qu'il va faire ? Rétablir son empire du crime bien sûr. Ce sera avec l'aide de son nouvel acolyte : Johnny, une petite frappe qui sera le héros de cette histoire. En effet, il est difficile pour le lecteur de s'attacher au personnage du Joker, Azzarello se sert donc de Johnny comme point de vue narratif.

Après Batman/Deathblow et Lex Luthor : Man of Steel, voici la toute dernière œuvre du duo Azzarello/Bermejo. Ce qui frappe, c'est que malgré les rapprochements évidents que l'on peut faire entre ces histoires, ces dernières ne se ressemblent pas. Le Batman d'Azza était un thriller sur les soldats en crise d'identités. Le Luthor était un portrait presque philosophique du personnage. Le Joker, quant à lui, s'inspire des films de gangsters.

Le tout est à la sauce DC bien entendu. On retrouvera donc de nombreux personnages de l'univers de Batman. On les verra même sous un jours assez différent de ce à quoi on a l'habitude. D'ailleurs, la chauve-souris est très peu présente dans l'ouvrage, mais on sent qu'elle n'est pas loin, qu'elle rode dans les alentours, attendant que le Joker face une erreur. C'est d'ailleurs un sacré tour de force de la part d'Azzerello : nous faire sentir la présence dans tous les esprits de Batman sans presque jamais le montrer dans les pages, toujours magnifiques, de Bermejo.

L'auteur prend donc le soin de respecter tous les codes propres à ces films de genre. Comme dans les métrages comme Scarface, Aniki (ou récemment American Gangster), on assiste progressivement à l'ascension de ce bad guy. On le suit faire ses premières manœuvres, écraser les factions inverses, monter en puissance, jusqu'à la chute, la déchéance, qui est inévitable et propre à tous ces films de gangsters.

C'est d'ailleurs en respectant ce schéma narratif qu'il arrive à nous faire ressortir le malaise qui imprègne Gotham City. Le Joker sort de prison, grandi en puissance, sème la destruction, puis s'autodétruit, enfin, Batman le stoppe pour le remettre derrière les barreaux. Jusqu'à ce qu'il s'évade à nouveau bien sûr. On sent derrière cette brève histoire un cercle vicieux. Cette escapade du Joker n'était pas la première et ne sera pas la dernière. Il fait partie de la ville, il n'est qu'une conséquence du déclin de Gotham.

L'auteur fait ici à mon sens mieux que Moore dans son Killing Joke. Je ne dis pas que ce Joker n'est pas sans défauts, mais Azzarello fait partie des rares qui ont su cerner avec justesse le personnage. C'est déjà beaucoup.

A disease that's older than any city. There will be always a Joker. Because there is no cure for him. No cure at all. ...just a Batman.