mardi 17 février 2009

Lex Luthor : Man of Steel

Après avoir traité de Batman : Deathblow, et avant de vous parler du très attendu Joker, attardons nous sur une autre œuvre de la winning team : Azzarello/Berjemo.

Si son Deathblow était avant tout un thriller traitant de soldats en perte d'identité, Lex Luthor : Man of Steel, lui, se place sur un tout autre terrain. Pas de grands mystères, pas de twist final ni de combats haletants (il y en a, rassurez vous). L'intérêt se situe ailleurs, tout tourne autour du personnage principal de Luthor et de sa vision pour le monde.

Car bien évidemment, Lex est ici le "gentil" de l'histoire. On adopte son point de vue, il nous présente sa façon de voir les choses et on ne peut qu'admirer son côté humaniste, philanthropique. Il aime se percevoir comme quelqu'un de simple. "Call me Lex" assène t-il à ses employés. Cette vision à contre courrant d'un des plus grands méchants de l'univers DC cache bien entendu un homme rongé par ses propres démons. Ce démon s'appellant bien sûr Superman.

Ici, mieux vaut oublier l'intrigue un peu trop tordue pour le lecteur. Là n'est pas l'intérêt. Il y a une histoire, bien entendu, mais celle-ci s'efface très vite face au mode de narration adopté par Azzarello. La plupart des scènes importantes sont sous forme de monologue où Lex Luthor disserte sur l'état du monde d'aujourd'hui et comment un individu tel que Superman n'y trouvera jamais sa place. Ça à l'air très ennuyeux dis comme ça, mais rassurez-vous, ça ne l'est pas. Car il se trouve que c'est très bien écrit.

En effet, l'écriture est très fluide, très agréable. Bon cependant, je l'ai lu en Anglais. Moi qui suis un extrémiste de la VO, je ne suis pas sûr que le rendu soit aussi bon dans sa version française. Mais il faut avoue que cela m'a changé des 100 Bullets dans lesquels Azzarello utilise un argo associés à divers jeux de mots rendant la compréhension très difficile. Ici, la langue de Shakespeare est soignée et c'est tellement un plaisir à lire qu'on en oublie que c'est en langue étrangère.

A un moment, Superman affronte Batman. Le combat est très déséquilibré et n'a aune raison d'être. On ne comprend pas pourquoi ils se battent et on s'en fiche presque. En parallèle, nous avons Lex Luthor et Bruce Wayne à un dîner durant lequel Lex y fait une plaidoirie presque émouvante sur la nécessité de contrôler Superman. La juxtaposition de ces scènes rend le combat beaucoup plus intéressant. Seul, le combat n'a aucun sens, mais avec le monologue de Lex Luthor en toile de fond, le combat prend une dimension presque symbolique venant appuyer le propos développé par le personnage principal (même si le combat en lui même n'a toujours aucun sens).

Cette scène est un peu à l'image du reste du comics. Le scénario importe peu, n'a que très peu d'intérêt, mais vu par Luthor, l'histoireadopte une dimension symbolique. Si Lex déteste Superman, ce n'est pas parce qu'il déjoue ses plans, c'est surtout la façon dont il est unanimement accepté par notre civilisation en tant que justicier sans que personne ne bronche ou vienne lui demander de quel droit il agit ainsi. Lex arrivera t-il arriver à faire changer la façon dont ce "héros" est perçu ?

Ensuite, si les atermoiements de Lex Luthor vous laissent indifférents, vous pourrez toujours vous rabattre sur les dessins de Berjemo, magnifiques comme d'habitude, qui servent à merveille le récit.