Miller's Crossing (1/4) : Histoire d'un mec violent (<--Vous êtes ici)
Miller's Crossing (2/4) : Miller et ses leitmotivs !
Miller's Crossing (3/4) : Frank Miller, l'homme à abattre
Miller's Crossing (4/4) : L'Heure des comptes à sonné
Partie 1 : Histoire d'un mec violent
Quand on pense à ce cher Frank, il nous vient tout de suite en tête des images de Batman, 300, Sin City... Que des œuvres bien sanglantes, bien bourrines, bien violentes. Bref, des comics comme on les aime. Cet auteur n'est pas du genre à faire des concessions sur son travail artistique, la violence est avant tout pour lui un moyen de faire passer un message sur le type de société dans lequel on vit. Pour d'autres, Miller est aussi un petit peu un psychopathe névrosé à tendances schizophrènes. C'est possible, la vérité est sûrement entre les deux. Mais pourquoi donc est-il si méchant ?
Société, tu m'auras pas !
Si l'on vivait dans les mondes de Frank Miller, on n'oserait plus jamais sortir de chez soi. Toutes les villes dans lesquelles ses héros évoluent sont gangrenées par la violence. Drogue, racket, corruption, on a toujours droit à la totale avec cet auteur. Sin City pousse cette constance jusqu'à la caricature. Il s'agit d'un monde où pour survivre, les gens sont obligés de se comporter comme des criminels. Mais dans la plupart des autres œuvres de Miller, la ville a un caractère oppressant. Elle persécute tout ceux qui la traversent. C'est un des thèmes récurrents chez cet auteur (ces thèmes sont traités plus en détail dans l'article de Biaze Dredd).Ainsi, les personnages de Frank Miller sont poussés à la violence du fait de leur milieu. S'ils ne
"I have seen this New-York, it is beautiful... Warlike, desperate, hopeless, evil to the root... (...) You cannot survive here. this world will assault you and torment you."
Agat (démon) - Ronin
This is Spartaaaa !!!
Les œuvres de Miller sont violentes, certes. Mais ce n'est pas pour autant gratuit. D'accord, le film 300 est sanguinolent, l'hémoglobine numérique fuse aux 4 coins de l'écran. Mais est ce que vous avez vraiment lu l'œuvre originale ? Beaucoup trouvent que Zack Snyder (le réal) est resté très fidèle à l'œuvre. Oui et non, tout dépend du point de vue duquel on se place. D'un côté Snyder reprend plan pour plan les pages du comics, de l'autre il n'arrive pas à transposer la dimension épique de l'œuvre qu'il a entre les mains. Dans 300, le comics, les dessins magnifiques, accentué, exagérés pour renforcer leur dimension symbolique, ce ne sont pas des images d'Épinal, mais presque. Mais quand vient l'a transposition au cinéma, tout ce qu'il reste c'est un film d'action dopé à la testostérone et aux gerbes de sang numériques. 300 y perd de son essence. Miller tient à mettre en valeur ses héros, en les faisant se battre comme des guerriers, il espère en inspirer ses lecteurs en leur montrant une manière de vivre en tant que société dont on pourrait prendre exemple sur certains points. Je ne dis pas que l'on a à être d'accord avec lui, loin de là, mais l'auteur laisse ici une vision qui peut amener à réfléchir et à s'interroger.
La violence sert donc de prétexte pour amener le lecteur à réfléchir. Pour Miller, il ne faut pas hésiter à se battre pour défendre ce qui nous est cher. Bien entendu, ces prises de positions engrangent de nombreuses polémiques à son sujet, pour certains, Miller est "l'homme à abattre". Les protagonistes sont souvent placés dans une situation telle qu'ils n'ont pas d'autres choix, ils doivent se battre. Il s'agit presque pour eux d'un devoir moral.
"Nous avons des années...autant qu'il le faudra...Des années pour s'entraîner, tirer des plans... Cela commence ici... Une armée... Pour apporter un sens à un monde harcelé par bien pire que des voleurs et des meurtriers... Ce sera une bonne vie... ...assez bonne."
Bruce Wayne - The Dark Knight
Thérapie de choc.
Comme je le disais au début, certains pensent que Miller se sert de son travail comme psychanalyse. Toute sa haine, son dégoût et sa colère sont retranscris dans ses comics. Cette impression atteint son paroxysme dans DK2 où l'on frôle l'overdose. Ce cher Frank doit être dans la vraie vie un personnage assez spécial (voir l'article de Vance), mais c'est souvent à ça que l'on reconnaît les grands auteurs. Il n'hésite pas à frapper là ou ça dérange et il n'y va pas avec le dos de la cuillère et c'est tant mieux.
Il est difficile de sensibiliser le lecteur avec des histoires à l'eau de rose qui ne choquent personne. Il ne faut pas caresser le public dans le sens du poil. Il faut le malmener, le bouleverser un peu, l'entraîner dans ses derniers retranchements. Et pour ça, oui, il faut souvent passer par une bonne dose d'hémoglobine et un bon coup de poing dans les tripes.
Oui, Miller, c'est violent. C'est glauque, c'est crade et ça dérange. Mais ce n'est pas gratuit. Ce n'est jamais gratuit. Enfin presque jamais (voir dessin plus bas). C'est un auteur qui réfléchit à ce qu'il va mettre et à pourquoi il va le mettre. C'est pour cela, que même s'il on est pas toujours d'accord avec son propos, c'est un auteur que l'on respecte.

Voilà. S'en est fini de ma partie. Je vous invite dès maintenant à vous rendre sur le blog de Biaze pour lire la suite. Puis sur le blog de Neault, puis celui de Vance. Bonne lecture. En esperant que cette petite experience inter-blogs vous plaise.
4 commentaires:
Remarquable. Les liens sont pertinents et les réflexions intéressantes.
Mais c'est excellent cette idée de cross over inter blog, bien joué les illuminati ;)
Ce premier chapitre est un fort bel article que j'ai pris plaisir à lire.
Merci, ça fait plaisir à entendre.
Un excellent boulot qui me donne bien envie de me plonger dans le comics 300 après la grosse déception du film.
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