
Il est temps de poursuivre notre rétrospective sur
Greg Rucka. Il y a plus d'une semaine, je vous ai parlé du premier
Elektra de
Bendis. Il se trouve que Rucka est le scénariste des tomes suivants. Après
Gotham Central,
Whiteout 1 et 2,
Daredevil : Cruel & Unusual et
Queen & Country, regardons ce que vaut la suite de cette série sous la plume de notre auteur ?
Je vous casse de suite le suspense, ce n'est pas indispensable. D'ailleurs, si je n'avais pas commencé ma rétrospective sur cet auteur, je n'aurais probablement jamais lu cette série. Mais cela reste loin d'être mauvais. En fait, ces 3 tomes durant lesquels le scénariste a travaillé sur
Elektra sont symptomatique de son approche sur un personnage en tant qu'écrivain. Qu'est ce que je veux dire par là ? Mes explications sont juste en dessous.
Hubris
Le tome 2 commence de manière assez classique. Un peu trop peut être.
Elektra a un contrat à accomplir, mais pas n'importe lequel. Ainsi elle va se mettre à travailler pour une certaine
Ione Katamides qui vit sur une île grecque peuplée uniquement de femmes. Elle doit ramener certaines personnes sur cette île pour que
Katamides puisse obtenir sa vengeance.
Rucka marque dans cette première histoire son besoin à rattacher son personnage à des bases historiques voir mythologiques. Ainsi, on voyage dans des décors et des coutumes propres à celles de la Grèce antique. Ce genre de rattachement est encore plus frappant dans une autre de ses œuvres :
Hikétia (qui sera l'objet d'un prochain article).
Pour l'info, l'
hubris correspond à l'outrance, la démesure et l'orgueil. Il s'agit d'un sentiment violent. C'est un élément très présent dans les tragédies grecques? C'est aussi un crime recouvrant les vols, les voies de fait et, en ce qui nous concerne, le viol. (Merci google). Ainsi, l'auteur s'est délibérément inspiré d'élément propres à la tragédie grecque.
Mais ces seuls éléments ne suffisent pas à faire une bonne histoire. L'auteur rattache une petite histoire de services gouvernementaux comme il en a si bien pris l'expérience dans
Queen & Country. Il s'efforce également d'apporter un petit côté humain à
Elektra en forçant son personnage à se questionner sur son éthique de travail. Mais la sauce ne rend pas vraiment et l'intrigue est beaucoup trop basique pour être intéressante.
Unemployment
Sa grande histoire suivante est tout de suite beaucoup plus prometteuse. Du jour au lendemain,
Elektra se retrouve au chômage. Aucun de ses anciens employeurs ne veut d'elle. Quelqu'un tire les ficelles, c'est évident. Mais dans quel but ?
Greg Rucka commence son histoire qui durera jusqu'à la fin de son run. Il a l'intention de s'approprier ce personnage et va l'amener exactement là où il le souhaite.
Introspection
Rucka choisit bien ses titres. Pour lui, dans la majorité de ses œuvres, une histoire n'a d'intérêt que si l'intrigue exerce une vraie influence sur le personnage. Le but est de nous montrer comment après telle ou telle aventure, le héros se mettra à voir ou penser différemment. Ne serait ce qu'un tout petit peu.
Or
Elektra est une héroïne assez stoïque dénuée de scrupules lorsqu'il s'agit de prendre la vie de quelqu'un. Comment faire évoluer donc un personnage aussi stoïque ?
C'est justement tout l'intérêt cette histoire. Pas à pas, l'auteur va briser son personnage psychologiquement afin de la reconstruire à sa manière. Le traitement est assez intéressant. Mais cette fois,
Rucka n'oublie pas non plus de nous servir de bonnes scènes d'actions qui s'avéreront assez intenses. Il s'agit du point culminant de la série.
Standing Outside the Temple in the Rain
Elektra n'est donc plus tout à fait la même. C'était une tueuse sans remord, c'est maintenant une fillette en perte de repères. Maintenant qu'elle est brisée psychologiquement, c'est toute son éducation qui est à refaire. Ca tombe bien,
Rucka introduit un nouveau personnage : un sensei qui semble parfait pour
Elektra. Tout comme
Stick pour
Daredevil. Cette fois, l'intrigue est beaucoup plus molle. L'auteur laisse tomber l'action pour ce concentrer uniquement sur l'apprentissage de son héroïne.
Everything Old is New Again
Mais jusqu'où une tueuse de sang froid peut changer ? Est elle vraiment prête à accepter sa nouvelle condition et renier ainsi ce qu'elle est vraiment ? La réponse se trouve dans le tout dernier tome. On reste un peu sur sa faim, mais la fin, bien que abrupte, clôture de manière correcte ce que l'auteur à tenté de faire sur son run.
Rucka a donc fait ce qu'il avait à faire pour rendre cette série intéressante. Ce volume 2 souffrait du fait d'une héroïne stoïque, trop détachée, pour laquelle il était impossible au lecteur de s'identifier. Il remédie donc à ce problème en lui apportant un caractère humain, en la faisant changer et en nous faisant assister étape par étape à cette transformation.
C'est surtout par cet aspect là que l'on retrouve la patte de
Rucka sur cette série. Je ne la conseille pas forcément, la fin, bien qu'apportant une réponse au questionnement existentiel de l'héroïne, nous laisse sur un amer sentiment d'inachevé.
L'ensemble n'est pas excellent, mais évolution du personnage apporte un aspect intéressant à la série et permet de la situer au dessus de la moyenne par rapport à la plupart des autres comics.