lundi 10 novembre 2008

Queen & Country

Après Gotham Central, Whiteout et Whiteout : fusion, voici une autre série de Greg Rucka : Queen & Country.

Bienvenu au S.I.S., une organisation d'espionnage au service de sa majesté. Les agents s'y déploient au quatre coins du monde pour contribuer au maintient de la paix, au respect de la démocratie et des droits de l'homme. Ah ah ah, je déconne, vous m'avez cru, hein ? Le S.I.S. fait ce que font toutes les autres agences d'espionnages : assassinats, manipulations, chantages et autres coups fourrés qui protègent leurs intérêts.
Au beau milieu de ces jeux de pouvoirs, nous avons Tara Chace, une jeune agent mais très compétente dont les nerfs seront mis à rude épreuve.

Rucka investi ici le thriller d'espionnage, domaine dans lequel il est parfaitement compétent (et cela se retrouve dans le dernier Daredevil qu'il a écrit). Ici, on est à des années lumières de James Bond, les fans de 007 peuvent retourner dans leur cinéma, Q&C aborde une approche réaliste du monde des services secrets.

Ainsi, l'intérêt de la BD ne se situe pas dans les rares scènes d'action se déroulant à l'étranger, mais dans les bureaux de l'agence elle même. Paul Crooker, le chef de service sera toujours contraint de naviguer entre les couloirs de son agence et faire face à ses supérieurs pour pouvoir mener ses missions à bien. Greg Rucka a voulu nous montrer comment la bureaucratie de ces agences influe directement sur le terrain.

Côté des dessins, c'est pas l'extase. Chaque tome opte pour un artiste et donc un style assez différent. Mais dans tous les cas, c'est assez dépouillé. On est dans le cadre d'un polar en noir et blanc, le dessin reste secondaire.

Par contre, la manière dont les histoires sont construites est un modèle d'écriture en la matière. Je vous avais déjà un peu parlé du talent qu'avait Rucka pour élaborer un récit. Ainsi, les histoires se lisent assez rapidement et paraissent assez courtes. D'ailleurs, les intrigues sont résolues dans les toutes dernières pages. En fait, l'auteur ne s'encombre pas de détails l'éloignant de l'objectif de son récit. Chaque page, chaque scène possède un but précis et sert à amener ses personnages jusqu'à un certain état d'esprit. Rucka n'est pas comme Bendis ou Brubaker qui sont des artistes beaucoup plus littéraires. Ici, notre auteur est méthodique et beaucoup plus subtil pour amener le lecteur à ressentir des émotions pour ses personnages.

En résumé, nous avons une série d'espionnage sans glamour ni gadgets. Ainsi que des dessins pas mauvais mais assez minimalistes. Tout cela ne fait pas très sexy, je l'avoue. Mais quand on arrive à bien rentrer dans le jeu de Greg Rucka, ces intrigues de bureaux, ces querelles d'agences deviennent beaucoup plus passionnantes que ce dont elles avaient l'air au départ. De plus, cette série nous dresse un portrait réaliste d'un univers assez peu connu.

Un comics fort appréciable donc, pour peu que l'on arive à rentrer dedans.


Publication

Du côté des éditeurs francophones, c'est un peu compliqué. La série a débuté chez semic qui a fait paraitre un seul tome. Ensuite, Akileos à repris la chose en ayant la bonne idée de continuer la numérotation. Ainsi, il n'y a pas de tome 1 chez cette maison d'édition
Ensuite, il y a des Queen & Country : Déclassifié, toujours chez Akileos dont le tome 2 est sorti cette semaine et qui fera l'objet de mon prochain article.

6 commentaires:

Biaze a dit…

J'ai le semic, plus petit format, moins cher rapport qualité prix car plus de pages (et issu de la très bonne collection semic noire). J'ai le tome 1 Déclassifié (pas encore lu je n'ai pas le 2).
Par contre j'ai acheté chez mon bouquiniste Queen and Country "Opération : Blackwall" (tome 3)de mars 2008, bref rien à voir avec ce qui est noté sur bd net , je comprends rien (lol). Ca te dit quelque chose ?

Matt Murdock a dit…

J'ai toute la VF pour cette série.

Semic c'est le tome 1.

Ensuite Akileos à repris la série sans rééditer le semic. Elle a continué la série sans reprendre depuis le début sa numérotation.

Donc ton "Opération : Blackwall" est effectivement le tome 3 de la série, mais le 2ème tome publié par Akileos.

Pour ce qui est des "déclassifié", mon article est dans les brouillons. Le tome 1 est très bon.

Biaze a dit…

si j'ai compris dès que j'ai la suite de Déclassifié, je peux lire mes 2 premiers tomes puis dans la foulée : Opération : Blackwall.

Merci Matt

Neault a dit…

Bonjour, c'est moi, je viens m'outrefusquer (mais si ça existe comme verbe ! ça veut dire que je m'outre et m'offusque en même temps, dans une sorte d'élan fusionnel !).

Je n'ai pas pu m'empêcher de relever comme une antinomie quand tu dis :
"Rucka n'est pas comme Bendis ou Brubaker qui sont des artistes beaucoup plus littéraires. Ici, notre auteur est méthodique et beaucoup plus subtil pour amener le lecteur à ressentir des émotions pour ses personnages."

Est-ce à dire que plus l'on est "littéraire", moins l'on est "subtil" ? J'en doute et d'ailleurs, je doute que tu puisses, toi fan de Bendis, soutenir une telle opinion.
Je soutiens d'ailleurs (mais c'est vrai qu'en France ce n'est pas tellement admis) que le but de l'écriture est de susciter, à distance et chez un parfait inconnu, des sentiments qu'il n'aurait jamais ressenti sans elle.

Il ne s'agit pas d'esbrouffe ou d'effets de manche mais bien d'une manière, noble, de concevoir l'écriture. Non comme un art égocentré et masturbatoire mais bien comme une manière d'agir à distance sur l'esprit d'un lecteur consentant.

La littérature, la vraie, celle qui touche au coeur et à l'âme - pas celle qui fait bander mou les intellos de salon - est subtile tout autant que méthodique et construite avec finesse.
Il ne s'agit pas d'une lourdeur par laquelle il faudrait passer pour acquérir des lettres de noblesse mais bien d'une liberté folle, à l'impact certain, acquise par le talent et l'expérience.

Opposer un Bendis "littéraire" (ce qu'il est sûrement) à un Rucka "subtil" (ce qu'il est tout autant) n'a, pour moi, pas de sens. Ou alors, il faut m'expliquer en quoi la subtilité de Rucka échappe à la littérature et en quoi les élans littéraires de Bendis ne sont point subtils.

Ces auteurs sont différents, c'est un fait, mais je crois que tu n'as pas choisi la bonne manière de les opposer.

Matt Murdock a dit…

Non Biaze, Déclassifié n'a rien à voir avec Queen & Country. C'est une série à part, bien que cela reprenne les mêmes personnages, mais en étant plus jeune.

Pour Neault, ma réponse à cette critique légitime se trouvera dans mon prochain article.

h00ligan a dit…

Bon j'ai enfin réussi a trouver le Tome 1 paru chez Semic, et vraiment cette série est géniale. La seul chose que je regrette c'est quelle soit fini.