J’en avais un peu parlé lorsque je chroniquais Whiteout et j’ai recommencé lors de mon précèdent article sur Queen & Country. J’ai déclaré : « Rucka n'est pas comme Bendis ou Brubaker qui sont des artistes beaucoup plus littéraires. Ici, notre auteur est méthodique et beaucoup plus subtil pour amener le lecteur à ressentir des émotions pour ses personnages."
Or, dans un commentaire ce dessous, Neault « s’outrefusque » de cette affirmation et sur la façon dont je compare Greg Rucka avec d’autres auteurs comme Bendis. Voilà donc l’occasion de clarifier mes positions. Chose que j’ai toujours voulu faire mais que je n’ai que survolé par manque de temps. Me voici donc au pied du mur, contraint d’expliquer ce que je veux dire lorsque j’affirme que Rucka est un auteur « méthodique» et «subtil ».
Quand Rucka écrit quelque chose, il s’intéresse avant tout par comment il va le raconter. Je ne veux pas dire par là quels mots ou quelles formules de style il va utiliser, ni même quel sera le point de vue à adopter. Non, pour lui, le "comment" se résume plus à une question de mise en page, je dirais même de chronologie.
Piochons notre premier exemple dans Whitout : Fusion. Ici, l’histoire se résume en une banale course poursuite gentils contre méchants. Afin d’illustrer son propos, Greg Rucka commence tous ses chapitres par un petit rappel historique. Qui avant eux ont tenté une traversé de l’antarctique ? Comment cela leur a été fatal ? Ensuite, et seulement après que le contexte ait été posé, il va mettre en pratique cette petite introduction en établissant un parallèle avec les situations dans lesquelles sont exposés nos protagonistes.
Ainsi, Rucka est extrêmement méticuleux lorsqu’il construit un récit. Il pose une structure et il l’applique rigoureusement.
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- Rucka pose des bases historiques avant de lancer son récit.
Une autre constante chez Greg Rucka est de construire ses intrigues autour de ses personnages. Dans Queen & Country : Opération Blackwall, on finit par se rendre compte par exemple cette mission a un effet « miroir » sur Tara Chace. Que les ennuis de son amie vont refléter ses propres malheurs. La construction narrative est donc toujours axé sur l’évolution du personnage principal.
Tous les auteurs font ça bien entendu, mais chez Rucka, cela ce ressent encore plus. Aucune scène n’est anodine. Par exemple, dans le tout dernier Daredevil qu’il a co-écrit (j’en parle bientôt, c’est promis) toutes les scènes où Murdock ou son alter égo sont présents, on constate une évolution dans sa personnalité. Jusqu’à la toute dernière phrase du tome qui nous montre tout le chemin psychologique parcouru par le héros.
Car Rucka est une personne qui n’est pas avare de mots. Il fait partie de ces auteurs qui n’ont pas besoin de grand-chose pour dire beaucoup. Chez une simple petite phrase, en apparence anodine, ce cache beaucoup de sens. Il suffit d’acheter quelques Gotham Central pour s’en rendre compte : prenez des épisodes dans lesquels Brubaker et Rucka se sont relayés, on voit tout de suite au nombre de phylactères qui a écrit quoi. Ces types d’auteurs sont complémentaires, c’est pourquoi ils font de l'aussi bon travail ensemble.
Attention, je ne veux pas dire que Bendis et Bru sont des auteurs qui ne réfléchissent pas avant d’écrire et qui se laissent complètement emporter dans un lyrisme quasi-masturbatoire. Pas du tout, il y a beaucoup de sens qui se dégage dans les histoires de Bendis. Mais disons, qu’il joue d’avantage sur d’autres ressorts d’écritures pour interpeler le lecteur. Tous réfléchissent à comment construire leurs histoires, mais Rucka est celui qui se sert le plus de ces effets de constructions pour faire passer des émotions au lecteur.
Voilà, j’espère avoir été clair et pas trop pompeux dans ce mini-cours sur Greg Rucka. C’est selon moi une des raisons pour laquelle il fait partie des « grands » auteurs de comics du moment. Même lorsque ses histoires tombent en dessous de nos attentes, on a rarement l’impression d’avoir perdu notre temps avec lui.


2 commentaires:
Eh bien voilà une mise au point fort sympathique mais, comme tu le dis, tu démontres surtout ici ce que tu veux dire lorsque tu parles de Rucka comme d'un auteur "méthodique et subtil".
Or, perso, ce qui m'avait choqué, c'est l'opposition entre les auteurs dit "littéraires" et cette fameuse subtilité.
Le terme littéraire ne recouvre pas seulement les élans lyriques et les passages émouvants, il y a évidemment une part technique dans le travail d'écriture.
Cette subtilité de construction, ce choix "technique", peut bien sûr différencier des auteurs entre eux, mais cela n'oppose pas pour autant un camp supposé "littéraire" et un autre.
Tous sont littéraires.
C'est pour ça que je trouvais le terme - et à travers lui la façon d'opposer les différents scénaristes - impropre.
Ceci dit, Bendis et Rucka se ressemblent beaucoup physiquement par contre. ;o)
Pour moi, Rucka est bien meilleur que Bendis. Ce dernier a pour lui ce qu'il a produit quand il faisait plus ou moins de l'indépendant (Jinx, Goldfish, Sam and Twitch...) depuis chez Marvel, il a quelques bonnes idées mais c'est surtout un très bon dialoguiste.
Maintenant si vous voulez un côté littéraire à Rucka, il existe Elektra and Wolverine en Marvel Graphics novels chez Panini que j'ai lu il y a un moment mais qui m'avait passionné, de même je ne l'avais pas acheté mais il a été publié en livre de poche en vf, je l'ai vu chez mon bouquiniste. Bref, il sait tout faire !
Je ne l'ai jamais caché : au même titre qu'un Moore ou un Gaiman, pour moi, Rucka sera un jour reconnu à sa juste valeur, c'est-à-dire un grand du monde des comics.
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