
Batman mène une guerre sans relâche contre la pègre de Gotham City. Les choses commencent à bouger, les gens prennent peu à peu conscience des maux de leur cité, et l'arrivée d'un nouveau procureur, Harvey Dent, donne de nouveaux espoirs pour la ville. Mais tout cela était sans compter l'apparition d'un électron libre, un psychopathe incontrôlable particulièrement dangereux : le Joker.
On est bien loin des films de Tim Burton (et à des années lumières de Joel Schumacher). Christopher Nolan donne une approche réaliste à ses films pour mieux pouvoir les rattacher à notre réalité. Ce film n'est pas le film de super héros auquel Hollywood nous a habitué. On est pas dans l'auto référence permanente et l'on essaye pas de séduire le public le plus large possible.
Non. Ici les scénaristes (David Goyer et les frères Nolan) avaient une histoire à raconter et n'y sont pas allé avec le dos de la cuillère de peur de heurter les diverses sensibilités. Il en ressort non pas un produit markéting comme on nous en sert si souvent avec les films de super héros, mais un vrai film. Un vrai de vrai au même titre que Les Infiltrés ou Le Parrain, un film comme on en voit presque plus dans nos productions à gros budget. On sent que The Dark Knight prend des risques, et se moque de ne pas plaire. Après visionnage, on comprend en quoi son succès auprès du public est amplement mérité.
Je vais essayer de continuer d'en parler sans noyer cette critique dans les superlatifs. Batman Begins avait déjà placé la barre très haut à tel point que l'ont est encore plus surpris de voir à quel point elle a été franchie avec aisance. On se rend compte que ce premier opus ne servait en fait qu'à poser les bases du récit avant de pouvoir se lancer dans une véritable histoire. Je l'ai déjà dit dans les commentaires : la salle était pleine et l'excitation du public était palpable. Le film s'est terminé sur des applaudissements, et je dois dire qu'ayant pendant un moment longtemps fréquenté les salles toulousaines, ce n'est pas quelque chose qui arrive fréquemment. Il y a des signes qui ne trompent pas.

The Dark Knight arrive même à être assez différent de Batman Begins. La réalisation de Nolan à d'ailleurs subtilement changée. Le réalisateur avait l'habitude de privilégier un certain esthétisme dans ses cadres. Ici, le montage est beaucoup plus nerveux, les plans sont beaucoup plus rapides et contribuent à instaurer une tension oppressante. Le tout est renforcé par la musique magistrale de Hans Zimmer qui s'avère être bien stressante mais efficace lorsqu'il le faut.
Bien entendu, comment ne pas parler de Heath Ledger qui est saisissant dans le rôle du Joker. Je pensais que les discussions autour d'un oscar posthume pour l'acteur n'était qu'un coup de pub de la Warner pour faire monter le buzz, mais c'était sans avoir vu le film. Son rôle est saisissant. J'ai même du mal à imaginer dans toute l'histoire du cinéma un méchant plus terrifiant que lui. Hannibal Lecter peut aller se rhabiller. Ce type fait vraiment peur, pourtant, je suis un adulte, je n'ai plus l'habitude d'être effrayé comme ça au cinéma.

Mais si le personnage du Joker est autant effrayant, ce n'est pas uniquement grâce au talent de son interprète, il se trouve qu'il est remarquablement bien écrit. Le Joker est le méchant ultime pour Batman car il est son strict opposé. Dans quasiment toutes les histoires de super héros, il y a un Némésis. Cet alter égo est toujours en apparence l'opposé total du héros, mais si on les regarde de plus près, ils se ressemblent beaucoup plus qu'ils ne le croient. Le scénario joue énormément là dessus.
Mais si le Joker fait autant peur au public, c'est surtout pour ce qu'il représente. Ce monstre ne cherche pas l'argent, la gloire, ou toute autre forme de récompense personnelle. Il aspire seulement au chaos. C'est le terroriste par excellence. On en arrive justement au coeur du film.
The Dark Knight, tout comme Batman Begins font partie de cette vague de films post-11 septembre. Le premier volet y faisait déjà référence en mettant en scène des méchants voulant détruire une ville par la peur à l'aide d'un gaz toxique. Ici, les scénaristes n'y vont vraiment pas avec le dos de la cuillère en faisant de la réflexion sur la guerre contre la terreur le centre du film. Les apparitions télévisées du Joker digne d'Al Quaida, les écoutes illégales de Batman, etc... Les exemples ne manquent pas.
Les références à l'actualité son omniprésentes (presque trop) et le tout manque légèrement de subtilité. Mais cela reste pardonnable car le film apporte une vraie réflexion au thème qu'il aborde. Certains y voient dans le film un plébiscite de l'administration Bush.* C'est à leur tort. Tout comme il serait prétentieux de dire que The Dark Knight est en faveur de l'autre camp.
Donc oui, Batman est contraint de faire des actes que la morale réprouve afin de sauvegarder des valeurs plus nobles. Mais le film montre à chaque fois que ces écarts de conduite s'accompagnent toujours d'un prix, parfois fort cher.
La véritable intelligence de ce long métrage est que justement il n'apporte pas de vrais réponses toutes faites que le spectateur doit gober pour argent comptant. Il laisse justement le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Tout ce que le film fait, c'est donner des pistes de réflexions. C'est comme cela selon moi qu'un auteur peut traiter d'un sujet sans se casser la gueule.
Le défi est donc relevé avec brio et le résultat est tellement époustouflant qu'il écarte tous les légers petits défauts du film. Ce n'est pas une histoire sur un héros mais sur notre société et ce qu'elle devient. Les vrais moments de bravoure du film ne viennent pas forcément de la personne de Batman, mais plutôt par des gens ordinaires comme Gordon ou d'autres qui arrivent à faire passer de vraies leçons d'héroïsme.
Tous ces éléments font de The Dark Knight beaucoup plus qu'un divertissement. Il s'agit d'un grand film, d'un vrai.

* Par exemple cet article publié dans le Wall Street Journal (notons que c'est un point de vue, pas l'opinion du journal).
1 commentaires:
Très bonne critique Matt, et ça renforce encore mon envie d'aller voir ce nouvel opus, même si le Begins m'avait bien ennuyé... Allez, je suis confiant!
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