
Je reviens sur une actualité du mois dernier qui a fait un certain bruit aux États-Unis mais qui a été complètement éclipsé en France. Pourtant,même si cela ne nous concerne pas directement cela démontre une certaine mentalité par la façon dont
Marvel a gérée cette mini-crise. Cela remet presque en question la façon dont les comics peuvent se permettre de traiter de l'actualité. Pas de critique sur le numéro d'aujourd'hui, mais un article de "news" au sens noble du terme.
Dans cette histoire
Captain America (Bucky, pas Rogers) se rend en
Idaho pour y débusquer un faux
Captain America (que Bucky avait déjà affronté durant les tumultes du Crane Rouge). Durant son enquête,
Bucky et le
Faucon tente d'infiltrer une manifestation anti-gouvernement.
Voici l'image litigieuse :

Ce qui a posé problème est la pancarte "
Tea bag the Libs before they tea bag you". Les "libs" étant bien entendu les libéraux, c'est à dire le parti démocrate. L'expression Tea Bag, elle, veut dire, selon le
Urban Dictionary :
To lower your body as to dip the testicles into her mouth as the woman is tounging the scrotum.
Pour ce qui ne parlent vraiment pas anglais ça veut dire en gros "mettre ses testicules dans la bouche de quelqu'un" (j
e sens que je vais avoir plein de nouveaux visiteurs après cet article).
Scandale ! Non pas à cause du caractère très modérément vulgaire de la pancarte. Mais parce que le groupement politique
Tea Party s'y est reconnu et est outré d'y être identifié comme les "méchants" de ce nouvel arc de
Captain America.
Pour ceux qui ne connaissent pas bien la politique américaine, le Tea Party est un mouvement de la branche dure du parti Républicain opposé à toute forme de règlementation. Ils ont beaucoup fait parler d'eux dernièrement avec leur opposition frontale au projet de réforme de santé du
Président Obama.
Surtout qu'ils y sont dépeint comme une bande de
rednecks utilisant une bannière ouvertement choquante et que le Faucon,

noir de peau, aurait du mal à se fondre dans la foule. Peu après, l'argument disant que le
Tea Party n'utilise pas de telles bannières est vite tombé à l'eau puisque cette pancarte était inspiré d'une bannière existante qui a bel et bien été utilisée lors de manifestations. Ensuite, sur l'argument de la diversité dans le
Tea Party, les faits sont là pour le constater,les manifestations sont particulièrement caucasiennes. De plus, dans l'histoire, nous sommes en Idaho,
État redneck par excellence, population noir : 0.4%.
Bref, a "
bunch of angry white folks" comme le dit
Bucky dans cet épisode.

Mais j'ai presque envie de dire peu importe. Ce qui m'a profondément énervé, ce n'est pas la réaction du
Tea Party qui peut à juste titre ne pas apprécier être les nouveaux méchants de
Captain America et y répondre par leurs propres arguments.
Ce qui va se passer, est que l'affaire commence même à avoir un écho médiatique. C'est souvent dans ces moments là que les gens concernés se mettent à faire n'importe quoi et réagir n'importe comment.
Fox New s'en mêle et
la base républicaine s'insurge.
Que va donc faire
Joe Quesada, éditeur en chef de
Marvel, il va présenter ses excuses, mais de la plus hypocrite des manières. Il va dire :
"There was zero discussion to include a group that looked like a Tea Party demonstration. Ed simply wrote in an anti-tax protest into his story to show one of the moods that currently exists in America. There was no thought that it represented a particular group."Et il ira même jusqu'à ajouter :
"...the editor asked the letterer to just fudge in some quick signs...".Bon, je résume pour les anglophobes. Selon
Joe, ce mouvement de protestation n'avait pas pour objectif de représenter le mouvement des
Tea Party. De plus, la pancarte qui pose problème n'est pas un choix éditorial mais juste le lettreur
(je sais pas si ça ce dit, celui qui met les lettres) qui a merdé et à qui on avait demander de mettre des trucs sur les pancartes au hasard.
Bref, on s'excuse, c'est pas notre faute, on l'a pas fait exprès.

Et c'est là où je suis choqué. Car oui, ce sont vraiment des excuses à deux balles dans le sens où elles manquent complètement de sincérité. Car oui, c'était le
Tea Party qui était visé, même s'ils n'osent pas le dire. Et non, il n'ont pas à s'en excuser pour ça, au contraire. Car
Captain America a toujours été politisée, et cela depuis son existence même où le héros était un symbole durant la seconde guerre mondiale.
Même quand
Brubaker a repris la série, les thèmes d'actualité ont toujours été présent. Je recommande d'ailleurs
cet article (en Anglais par contre) qui en fait un bon résumé. Même d'une manière générale, l'univers
Marvel a toujours été politisé. L'arrivée de
Norman Osborn en est juste le plus récent exemple. D'ailleurs, est ce que
Joe va s'excuser pour la
Civil War ? Et si l'on est pas d'accord, c'est pas grave, on en discute, mais on ne va pas dire que on ne l'a pas fait exprès. Et on a pas à s'excuser de s'inspirer d'une bannière que que le Tea Party a vraiment utilisé. Et oui, il y a des tensions raciales dans ce groupement. Le Leader des
Tea Party a par exemple qualifié
Obama de "
Indonesian Muslim turned welfare thug and a racist in chief."
Bref, ça se passe de commentaire et retrouver se type de comportement débattu dans un comics est le juste retour des choses. Donc selon moi la faute ne va pas au Tea Party mais à Joe Quesada qui n'a pas ici la posture d'un éditeur en chef, mais d'un patron d'une filiale de 4 milliards qui protège les intérêts de ses produits de marque.

D'ailleurs, les futurs réimpressions et la sortie en TPB seront modifiées pour changer la pancarte litigieuse. Ce qui est simplement débile puisque le contenu gardera toujours sa même teneur.
Pas très sympa non plus pour
Ed Brubaker, dont le titre de l'arc s'intitule "
Two Americas",qui voulait ici montrer le clivage entre deux Amériques qui s'affrontent (et deux
Captain America qui s'affrontent). Il semble qu'il ait ici touché du doigt quelque chose...
Sources :Robot 6 sur CBRInterview de Joe Quesada sur CBRFox NewsBrendan McGuirk de ComicsallianceKeith Olbermann de MSNBCEt pour s'amuser, ce site s'est amusé à imaginer ce que les nouvelles pancartes pourraient dire afin de ne choquer personne.
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